Poursuivre le rêve de fraternité universelle

21/10/2020

Une réflexion sur l'encyclique "Fratelli tutti"

La fraternité ne peut pas être tenue pour acquise, elle n'est pas le fruit de la chair ni du sang (Jn 1, 12-13). Elle ne peut pas non plus être décrétée. Encore moins la fraternité comprise dans un sens si globalisant qu'elle embrasse l'humanité tout entière.

Au cœur de cette réflexion, si riche, si complexe et si ample que le pape François nous offre dans Fratelli tutti, nous trouvons la parabole du Samaritain (Lc 10, 25-27). La « compassion » et « se faire proche » y sont proposés comme une sensibilité et une façon d'agir qui permettent de soigner les blessures que chaque personne porte, de ne pas s'accrocher au rôle qui mène à « passer outre » devant les personnes blessées, de renoncer à toute violence qui blesse ou tue la fraternité, et de prendre en charge les autres.

Face aux tendances à se diviser en blocs de peuples ou nations, à polariser la vie publique, à se séparer sur la base de la religion que l'on professe, de la couleur de la peau ou du pays d'appartenance... l'invitation est à se rapprocher, à entrer en communication, à dialoguer, à accueillir de façon solidaire... à fraterniser.

Nous acceptons cette invitation quand nous nous ouvrons à la possibilité de partager le même rêve dans un monde meilleur, dans lequel on reconnaît la dignité de tous et de toutes, et dans lequel les relations solidaires naissent de la quête du Bien commun. Partager un rêve qui se transforme en source d'énergie personnelle et sociale, et nous ouvrir ainsi au dialogue qui mène à opérer les changements nécessaires pour créer une culture de la rencontre, au sein de laquelle les espaces et les cœurs s'ouvrent à la construction d'une fraternité où chacun a sa place.

Le pape François signale l'affaiblissement de la politique, alors que celle-ci est un instrument nécessaire pour définir et réaliser les objectifs communs des nations et du monde dans sa globalité. La politique est affaiblie par les populismes de droite et de gauche parce qu'ils remplacent les peuples dans la prise de décision ; par l'hégémonie du marché qui préfère augmenter les profits de quelques-uns au lieu d'assurer une juste répartition des richesses ; par le recours à la guerre ou à d'autres formes de violence afin d'imposer des intérêts particuliers. Elle est aussi affaiblie par l'ignorance des Droits de l'Homme qui ne demeurent que des déclarations solennelles.
Nous avons besoin de la meilleure politique.

La fraternité universelle est possible quand on vit en paix. Le pape François insiste sur l'urgence d'ouvrir des chemins de paix et surtout de trouver des « artisans de la paix ». La paix exige la justice que l'on obtient en reconnaissant la vérité. Le chemin de la paix est éclairé par la vérité à la portée du peuple entier. La paix suppose la suppression de la pauvreté et de ses causes, c'est-à-dire la fin de l'exclusion et l'intégration de tous dans la vie sociale, économique et politique.

Fratelli tutti signale quelques conditions nécessaires pour avancer vers la justice et la paix : la récupération de la mémoire, capable d'assumer le passé pour libérer l'avenir de ses propres insatisfactions, confusions et projections. L'abolition de la peine de mort, qui est considérée simplement comme étant inadmissible. La renonciation totale à la guerre comme moyen de régler les conflits, d'imposer des idéologies ou des régimes sociopolitiques. Toute guerre, affirme l'encyclique, laisse le monde pire que dans l'état où elle l'a trouvé. La guerre est un échec de la politique et de l'humanité, une capitulation honteuse, une déroute face aux forces du mal; elle est la négation de tous les droits et une agression dramatique contre l'environnement.

Le chemin de la fraternité a besoin de s'ouvrir à la réconciliation et au pardon. À cette condition indispensable, toutes les religions du monde peuvent contribuer, et rendre ainsi un service précieux à l'humanité.

Publié par le magazine Ecclesia
Année LXXX - N. 4 048
10 octobre 2020

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